lundi 3 novembre 2014

L'Édito du 3 novembre 2014

Bernard Laporte est un éternel insatisfait. De son accent gaillacois, défaite ou victoire, il rumine, râle et ne cesse de cogiter sur le rugby d'aujourd'hui et de demain. En l'occurence, hier, après le large succès des siens face à Grenoble (61-28), c'est avec l'air renfrogné qu'il s'est rendu au point presse de fin de match. La raison ? Toulon est en pénurie de pilier et de talonneur pour le prochain déplacement à Castres. Seuls Jean-Charles Orioli et Karim Bougherara sont encore aptes à ces deux postes. Contraint donc de faire appel à des Espoirs du club, Bernard Laporte menace de déclarer forfait et brandit comme argument la sécurité physique de ces jeunes joueurs. Mais où-va le rugby français ? À l'heure où tous les techniciens pleurent la pénurie de première-ligne de haut-niveau en France, l'entraîneur de l'un des plus gros club de Top 14 ne veut pas lancer ses jeunes dans le grand bain. Alors quand joueront-t-il si ce n'est lors de telles occasions ? D'autant plus que si nous revenons en arrière, la même situation est déjà arrivée cette saison à Toulouse. Sauf qu'à ce moment-là, Guy Novès n'avait pas hésité à faire appel au jeune talonneur des Espoirs toulousains, Julien Marchand. Et à tout juste 19 ans, le petit jeune a largement fait le boulot. Désormais il a même intégré à temps plein l'armada toulousaine. À Toulon de se plier aux même règles !
Heureusement, ce week-end, on a eu droit à deux belles images qui nous ont rappelé que nous chérissons le plus beau des sports. Un sourire, celui de Christophe Urios, l'entraîneur d'Oyonnax, après la victoire des Oyomen au stade Yves du Manoir de Colombes face au Racing Metro 92 (21-17). Empêtrés dans les méandres d'un Top 14 de plus en plus relevé, les Rouge et Noir ont concassé une équipe francilienne fantomatique et sont allés chercher quatre points cruciaux pour leur survie. Bravo Messieurs ! Mais l'image du week-end, ce sont les yeux embués de l'arrière bayonnais, Scott Spedding, à l'annonce de sa première sélection avec le XV de France. Je ne sais pas pour vous, mais moi, cela m'a fait du bien de voir ce grand gaillard fondre en larmes par amour de son pays. Les détracteurs diront que c'est encore un étranger de plus en équipe de France. Sauf que "l'étranger" a un passeport français et signe chaque week-end des performances haut de gamme qui n'ont pas échappé aux yeux du sélectionneur, Philippe Saint-André. Et puis, regardons ce qu'il se passe autour de nous. Ces mêmes détracteurs oseront-ils aller dire au pontes du rugby néo-zélandais d'arrêter de piller les Fidji, les Samoa ou les Tonga pour remplir leurs académies et faire le bonheur des All Blacks ? Bien sûr que non. Alors à l'heure où le monde du rugby sort de plus en plus de son écrin amateur, ce genre de réaction montre que les valeurs de ce sport restent intactes et ne sont pas que des mots. Au rugby, on pleure parce qu'on est appelé avec les Bleus. Je ne vois pas ce qu'il y a de plus beau.

Arnaud Rey

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